De 2016 à 2023, SOS Faim Luxembourg, grâce au financement du ministère de la coopération du Luxembourg, a développé – en partenariat avec l’Institut Agro Montpellier – France et le cabinet Lessokon – un dispositif original afin de contribuer à améliorer l’accès des exploitations familiales agricoles sahéliennes à des services financiers adaptés.

Ce dispositif a fait l’objet d’une capitalisation détaillée :
Ce programme a été conçu pour dépasser les incompréhensions persistantes entre les institutions financières et les organisations paysannes. Il s’est appuyé sur un réseau de formateurs de terrain et sur trois outils qui ont particulièrement influé sur les institutions financières : la ligne de crédit, le fonds de garantie, et le programme de formation des organisations paysannes.
Ce webrécit vous invite à parcourir ce dispositif à travers les photographies de Kani Sissoko, réalisées lors d’une mission au Mali en juillet 2023, qui accompagnent le récit visuel du programme et ses enjeux. ©Sos Faim Luxembourg
Les formateurs
Pièces maîtresses du dispositif Agri+, 6 formateurs ont assuré la transmission des compétences nécessaires pour permettre aux organisations paysannes (OP) de s’autonomiser. Formés à l’andragogie, à la finance agricole et à l’accompagnement de proximité des OP, ils ont conduit un parcours de formation en neuf modules, complété par un suivi individualisé sur le terrain. Leur mission : renforcer les capacités de pilotage financier des organisations paysannes, faciliter le dialogue avec les banques, et ancrer durablement une culture de gestion et de négociation financière. Ce métier, à la croisée de la médiation et du développement rural, s’est progressivement imposé comme un levier central pour améliorer l’accès aux financements adaptés.
Découvrez les profils de trois de ces formateurs. Ils partagent leurs retours d’expériences tout au long de ce webrécit.
Boubakar Teguera, formateur Agri+ Burkina Faso

Silamakan Tounkara, formateur Agri+ Mali

Idrissa Hassane, formateur Agri+ Niger
Expérience préalable en microfinance
Professionnels de terrain, majoritairement issus des secteurs de la microfinance, du conseil agricole ou de l’accompagnement des OP, les formateurs ont interagi avec les membres des OP depuis un ancrage local avec une posture non descendante, deux facteurs déterminants pour instaurer la confiance et garantir l’impact du dispositif.
Un métier aux multiples facettes
Être formateur fait appel à des compétences variées : andragogie pour transmettre les notions financières complexes, compétences d’animation pour encourager la réflexion collective et la prise d’initiative, médiation avec les institutions, et soutien prolongé pour renforcer durablement les OP. Ce rôle polyvalent les a placés au cœur de l’accompagnement.
Témoignage audio : les trois défis de la formation Agri+ selon Idrissa Hassane (1min 36)
Formation des organisations paysannes
Le programme de formation (9 sessions échelonnées), reposant sur des contenus développés antérieurement dans SupAgro, avait pour but de faire adopter quatre compétences clés : comprendre le système financier et amorcer la réflexion, construire la capacité d’accès de l’OP au financement adapté, faciliter le partenariat avec une institution financière pour donner accès au crédit, et participer, avec les OP formées, à une réflexion collective et une action stratégique pour l’accès des agricultures familiales aux services financiers.
Témoignage audio : la diversité des OP dans le programme Agri+, par Boubakar Teguera (1min18)
Adaptation aux réalités locales
En collaboration avec la supervision du programme, les formateurs d’Agri+ ont adapté les contenus et outils pédagogiques aux contextes locaux, travaillant souvent dans plusieurs langues pour atteindre les OP dans des zones éloignées et garantir une compréhension optimale.
Suivi post-formation sur le terrain
Entre chaque session, des rencontres régulières sur le terrain entre les formateurs et les OP ont contribué à consolider les acquis, adapter les outils à leur réalité et accompagner la mise en pratique en fonction des progrès réalisés. Ce suivi individualisé a permis de renforcer l’ancrage des apprentissages.
Construction de la confiance
La présence continue des formateurs a permis de bâtir une relation de confiance avec les OP, essentielle pour encourager leur participation active et leur engagement à long terme dans la dynamique de consolidation institutionnelle.
Témoignage audio : comment les OP ont renforcé leur pouvoir de négociation, par Silamakan Tounkara (1min16)
Boîte à outils pédagogique complète
Les formateurs ont partagé de nombreux supports, notamment des manuels, syllabus, et films pédagogiques, facilitant la formation des OP et garantissant un apprentissage structuré et accessible pour tous.
Formation délocalisée en région
Les formateurs sont intervenus dans des zones rurales souvent enclavées, marquées par des défis multiples : faible accès aux services financiers, niveaux de scolarisation hétérogènes… Ces contextes exigeants ont renforcé la nécessité d’un accompagnement de proximité, adapté aux réalités locales des exploitations familiales agricoles et de leurs organisations.
Accompagnement sur le long terme
Agri+ a permis aux formateurs de suivre les OP au fil des années, assurant un développement progressif des compétences et la mise en place de pratiques financières solides dans les OP. Cette approche durable est aussi l’une des clés du succès de ce dispositif.
Témoignage audio : la réflexion stratégique, grand succès d’Agri+ selon Boubakar Teguera (2min58)
Défis du contexte sécuritaire
Les équipes d’AGRI+ ont dû faire face à des contextes difficiles, notamment des situations d’insécurité dans certaines zones rurales. Face à ces contraintes, elles ont adapté leur approche avec des formations relocalisées, des sessions en petits groupes, voire des accompagnements individuels. Cette flexibilité a permis de maintenir le lien avec les OP malgré un contexte fragile.
Témoignage audio : comment le projet s’est adapté au contexte sécuritaire, par Silamakan Tounkara (1min14)
Les banques
Les banques et les institutions financières ont joué un rôle stratégique dans le dispositif Agri+. Grâce à la ligne de crédit à taux d’intérêt réduit et au fonds de garantie à couverture du risque partagé, elles ont pu expérimenter de nouveaux produits financiers adaptés aux réalités de l’agriculture familiale, rendant ainsi plus accessibles les financements aux exploitations agricoles, un segment souvent perçu comme risqué et mal desservi.
Cette collaboration leur a permis non seulement de diversifier leur portefeuille, mais aussi de renforcer leur expertise en crédit agricole, consolidant ainsi leur rôle dans le développement rural.
Fonds de garantie
Le fonds de garantie mis en place par Agri+ sécurisait les banques en leur offrant une couverture partielle des risques liés aux prêts agricoles, les encourageant ainsi à financer des exploitations familiales qu’elles considèrent habituellement comme risqués.
Accès à des ressources financières à taux réduit
Le dispositif a instauré une ligne de crédit à taux concessionnel, permettant aux banques et institutions de microfinance (IMF) de proposer des prêts agricoles à des conditions avantageuses pour les exploitations agricoles, tout en minimisant leurs risques.
Accroissement de la confiance
Agri+ a favorisé un dialogue plus soutenu entre banques et OP, renforçant ainsi la confiance des deux côtés et facilitant l’accès aux services financiers pour les exploitations agricoles.
Renforcement des compétences en crédit agricole
Agri+ a permis aux institutions de microfinance d’améliorer leur expertise en matière de crédit agricole. Le programme leur a apporté des outils pour évaluer les projets agricoles de façon plus réaliste, en tenant compte des risques propres au secteur.
Diversification du portefeuille de crédit
En intégrant de nouveaux clients agricoles grâce à Agri+, les IMF ont pu diversifier leurs sources de revenus et mieux équilibrer leur portefeuille, contribuant ainsi à réduire le risque global.
Les organisations paysannes
Acteurs centraux pour la mise en place de systèmes alimentaires durables, les organisations paysannes (OP) ont servi de pont entre les exploitations familiales agricoles et les banques. Le programme de formation leur a permis de développer des compétences en gestion financière, en négociation et en élaboration de projets économiques. Ces acquis leur ont donné la crédibilité nécessaire pour représenter efficacement leurs membres et ouvrir des opportunités de financement durable. De plus, leur rôle d’intermédiation a facilité l’accès au crédit pour de nombreuses exploitations agricoles, renforçant ainsi l’impact collectif de leurs actions.
Renforcement des compétences financières
La formation Agri+ a donné aux OP des compétences précieuses pour comprendre le système financier, analyser leur propre situation et devenir des interlocuteurs respectés des institutions financières. « Nous avons compris qu’on ne prend pas un crédit juste pour le prendre, qu’il faut d’abord une analyse des besoins ; avec un comité pour le suivi de ce crédit.» Présidente de la SCOOP Nièta Yoziin de Siéla.
Amélioration de l'accès au crédit
Après la formation, les OP ont obtenu des crédits pour 68% des demandes au Niger, 76% au Burkina Faso, 95% au Mali. Ce taux de réponse positive montre qu’une part significative des OP formées a gagné la confiance des institutions financières.
Crédibilité accrue auprès des IMF
Grâce aux compétences acquises via Agri+, les OP ont appris à négocier des taux d’intérêt, des montants, et des conditions de remboursement. Certaines ont même réussi à obtenir des taux plus avantageux (par exemple, de 16-18 % ramenés à 14 % au Mali dans le cadre de la ligne de crédit).
Rôle d’intermédiation entre les membres et les banques
Les OP formées ont joué un rôle essentiel en servant d’intermédiaires entre leurs membres et les banques. Analyser les besoins de financement, préparer des dossiers collectifs, négocier les conditions de prêt, organiser la redistribution ou la garantie des crédits auprès des membres… Ce positionnement a permis de professionnaliser la relation entre producteurs, productrices, et le secteur financier.
Surmonter les peurs
« Avant, on avait peur de passer devant une institution financière, mais maintenant nous savons que nous pouvons aller vers elles sans craintes, discuter de nos besoins et même négocier les termes du crédit que nous voulons. » Président de l’Association des Riziculteurs des Bas-Fonds Aménagés de Tion.
Les producteurs et productrices agricoles
Les exploitants et exploitantes agricoles ont vu leur accès au financement amélioré, leur permettant d’investir dans leurs activités, d’acquérir de nouveaux équipements et de diversifier leurs productions. Les connaissances indirectement acquises via leurs OP ont contribué à une meilleure gestion financière et à une utilisation stratégique des crédits. Cette dynamique a favorisé non seulement leur résilience face aux défis économiques, mais aussi une augmentation de leurs revenus et une amélioration de leurs conditions de vie.
Amélioration de la gestion commune
« Depuis que nous avons eu la formation, la manière de conduire les activités dans notre coopérative a vraiment changé. Il y a plus de transparence. Le président qui faisait tout apprend à déléguer et cela est vraiment très bien. Nos membres sont plus motivés.» SCOOPS Suudo Kossam
Renforcement des liens
Les OP ont appréhendé le fait que leurs membres sont différents les uns des autres en termes de besoin de crédit et de capacité à rembourser, et qu’il est donc important pour elles de bien les connaître.
Accès à des financements de moyen terme pour les équipements
Grâce à la ligne de crédit mise en place par Agri+, plusieurs exploitations ont pu obtenir, via leurs OP et les IMF partenaires, des crédits de moyen terme adaptés à leurs besoins. Cela leur a permis d’acquérir du matériel jusque-là inaccessible : motopompes, petit matériel aratoire, tracteurs, pour développer des activités de maraîchage ou d’agriculture pluviale.
Diversification des activités agricoles
Pour les exploitations agricoles, l’accès facilité au crédit a été un levier pour appuyer leurs démarches de diversification de leurs productions, augmentant ainsi leurs revenus et leur résilience économique.
Soutien continu grâce à l’accompagnement post-crédit
Un accompagnement post-crédit a été assuré. Dans certaines zones, des outils de suivi spécifiques ont été utilisés par les formateurs pour évaluer l’objet du crédit et aider à corriger les difficultés rencontrées par les exploitations familiales agricoles.
Réalisé par Inter-réseaux Développement rural
Crédit photo : Kani SISSOKO (2023) pour SOS Faim Luxembourg
Juin 2025


Les études de faisabilité initiales du dispositif ont été réalisées en 2014 et 2015. Le dispositif Agri+ a été mis en œuvre au Burkina Faso et au Mali avec le mandat du MAEE luxembourgeois, pour une durée de 7 ans (2016-2022). Au Niger, le dispositif a été mis en œuvre avec un financement DDC (2016–2019) relayé par d’autres fonds mobilisés par SOS Faim (2020-2023) et un partenariat avec les Chambres d’Agriculture du Niger.